On la déchire-tu ou bedon on la mange la poésie Ça serait l’fun qu’elle sorte de ta bouche Comme un oiseau Comme il y a belle lurette que nous ne nous étions pas vus, j’apprends qu’il a perdu tous ses manuscrits et les exemplaires non vendus de ses recueils dans un incendie le 31 décembre 2000. On a souvent parlé de l’acharnement de Daniel Roy à poursuivre son expérience poétique contre vents et marées. Ici, plus d’un aurait abandonné la partie. Pas lui. Le livre qu’il présente aujourd’hui en est la preuve. En 1976, paraissait le premier recueil de Daniel Roy, Bodedandoeil, déjà marqué du sceau du jeu, de l’improvisation et d’une quelconque impertinence à l’endroit de la poésie officielle. Novembre 2001, parution du dernier recueil Les liens atemporels. Entre les deux, une douzaine de recueils. Quel itinéraire ! Pour qui s’intéresse à la poésie d’aujourd’hui, c’est déjà exceptionnel de constater cette poursuite opiniâtre d’une quête poétique dans un milieu qui, il faut bien le reconnaître, n’est pas toujours prodigue d’encouragements. Le présent livre, Je me censure de moi, marque un temps d’arrêt, un retour sur le chemin parcouru. Il rassemble quelque deux cents poèmes qui jalonnent cette aventure avec les mots. Des premiers recueils, je pense à Daniel Roy, l’irréductible, le mauvais garnement, le bum. Il s’entête à publier à droit d’auteur, maintient la défense de l’écrivain envers et contre tous. La seule issue pour les poètes qui se font rejeter par les Zéditeurs, est de publier à compte d’auteur. Solitaire, il refuse de se mouler dans le cadre trop étroit de la « littérature ». La peauésie ne veut plus dormir dans les LITTES Intellectuels. Anarchiste ? Non, enfant, iconoclaste. Les mots de Daniel Roy ne sortent pas d’un autre texte, d’une tradition ou d’une école littéraire. Ils sortent du quotidien le plus prosaïque que vient ensuite ébranler le jeu. Pas de poésie sans plaisir. Petits poèmes éclatants, recueils courts, chaque fois c’est une invitation non pas à s’évader du réel mais plutôt à s’y introduire par la clef des songes, un peu comme si Alice vous entraînait dans sa merveille en vous prenant la main. Le texte défile sous les yeux avec une apparente simplicité. Le miroir est limpide, si clair qu’il semble tout donner d’un seul coup. On s’y glisse facilement, puis tout éclate, se disperse et chaque morceau du texte s’imbrique selon un nouvel ordre. Inutile de chercher à comprendre, à réduire le sens à une seule dimension : il faut s’amuser. Je suis tombé du haut de l’échelle de quatorze pieds en cueillant des cerises dans l’Okanagan vallée Chacun des vers de ce poème est une porte que le lecteur peut ouvrir à sa guise. Quelle échelle ? Quel fruit ? Quelle vallée ? Quelle chute ? L’investissement ludique du lecteur permet seul de faire fonctionner le texte. Les pôles écriture / lecture font appel moins à une question de mots que de passage, d’échange pour créer le lien imaginaire, le lien trafiqué entre le sujet et l’objet qui dépasse l’entendement. Écrire pour se retraduire intimement ; se libérer du poids des affres de l’existence, sortir de l’isolement. Se conter des histoires d’art, se lier d’amour, déranger le quotidien. L’écorchure imperceptible entre les mots et le dessin nous ramène à l’incertitude permanente. François Rousseau 8 mars 2003
Daniel Roy L'écrivain Daniel Roy vient de publier un seizième ouvrage, Je me censure de moi. Cette anthologie de poèmes, de 1976 à 2001, est une invitation à voyager sur un quart de siècle et à vous laisser transporter par le plaisir des mots.
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